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  • Guillaume Touroul

Et l’homologation, Guillaume, tu en es ou ?

Mis à jour : avr. 6


En début de semaine dernière, la demande pour le Covid Center était pour des blouses. Le sujet était facile. De plus, au moment, je me suis raccroché au groupe Whatsapp, qui était déjà créé (merci Séverine), et sur lequel il y avait déjà un modèle de blouse choisi et partagé. On en a discuté le lundi soir, et dès le mardi matin, j’ai tiré Valérie du lit pour lui piquer son proto, mis au point dans la nuit (merci Valérie). Mis à plat, tracé du plan de coupe, découpe. Le premier dispatch a lieu dès le soir même. Et mercredi midi, nous sommes déjà en capacité de livrer 35 blouses au Covid Center. Puis 35 le samedi matin… Au moment, il y avait 16 couturières ! Les blouses sont destinées à être utilisées par le personnel sur le centre. (Chose que nous pourrons voir par la suite sur le reportage BfmTV, en ligne sur notre site, ou toutes les sur-blouses viennent de chez nous !)

Devant une telle réactivité, le Covid Center nous fait part de son idée : confier à chaque patient qui est visité par un soignant une blouse et un masque. La blouse est à destination du soignant, mais doit être laissée chez le patient pour éviter de transporter le virus, et lavée par le malade entre chaque visite. Le masque, lui, est porté par le patient durant la visite du soignant. A aucun moment, nous ne parlons d’un masque pour un soignant. Officiellement : le soignant a un masque homologué, le patient n’a rien. Si on ajoute un masque au patient, on réduit les risques. On compare un masque à … rien. Et un masque en tissu, c’est mieux que …rien.

Face à cette demande, je me suis plongé dans les méandres d’internet. J’y ai vu de tout… de manière argumentée ou pas. Du filtre à café au sac aspirateur, en passant par la lingette electro-statique… mais je n’ai aucune compétence pour prendre la moindre décision. Devant tant d’avis, éventuellement contradictoires, je choisis l’option qui me semble la plus évolutive : la masque « ouvrable », dans lequel on peut insérer le filtre de son choix, selon l’avis que chacun peut se faire. Et le masque qui me semble le plus confortable à porter, en forme de coque. Et on lance des productions. Pas 2 ou 3, non. Dans mon plan de coupe de blouses, j’ai un peu de place dispo et perdue, alors j’en coupe … 500 !

(je vous passe aussi les recommandations de la SF2S/SF2H, totalement déconnectées de NOS réalités)

En parallèle, on commence à entendre parler d’homologation. Par plusieurs biais :

  • j’ai des fournisseurs qui me proposent des produits : non-tissés par exemple, mais on ne parle toujours pas d’homologation

  • Tissage de Charlieu (un tisseur que je connais par ailleurs) transforme ses chaines de production pour produire des masques… mais ce sont des produits finis, on n’a rien à faire dessus. A part transmettre cette info à mes interlocuteurs demandeurs..

  • Le Garridou. Il y a dans le Nord de la France une vraie industrie textile survivante (voire re-vivante). Là, plusieurs industriels complémentaires (tissu technique, filtration, confection) mettent au point le Garridou, masque « validé » par le CHU de Lille. Validé et Homologué, ce n’est pas le même terme… Dès le 26 mars, le jeudi, lendemain de notre première livraison de blouses, je les questionne : voulez-vous une tête de pont en Ile de France ? Ça m’intéresse, parce qu’à une échelle bien plus grande, ils ont fait comme nous : le recrutement d’un réseau de couturières bénévoles à qui ils fournissent un kit prêt à coudre.

  • De même, il y a des initiatives à Lyon, dans le Sud…

A défaut de progresser sur « l’homologation », on avance, et les premiers masques rentrent de confection. Livraisons aux demandeurs…. pas homologués, mais contents ! et c’est mieux que rien.

Et puis dimanche dernier, je tombe sur le document de l’AFNOR, sorti vendredi. Première lecture en diagonale, puis plus approfondie. Ce document me laisse un avis mitigé. Après avoir pris toutes les précautions d’usage (ce n’est pas une homologation, ce n’est pas adapté à un usage médical, lavez-vous les mains et restez chez vous), le document traite de deux aspects : le tissu d’une part, et la confection d’autre part.

Sur le tissu… je suis dubitatif. Je ne veux pas critiquer l’Afnor, qui a le mérite de nous sortir un vrai document de préconisations en 1 semaine ! Quand on voit que certains travaux de normalisation durent 10 ans, on ne peut que saluer l’exploit. Mais quand même, considérer comme conforme selon un critère de poids : "toile coton 150gr/m2", sans autre précision, c’est un peu léger. Je ne suis pas ingénieur textile, mais je sais bien qu’une toile de coton, pour un poids au m2 identique, peut être très différente. De nombreux fils très fins et très serrés peuvent même être plus légers au m2 que peu de fils très gros… Et là, ce qui est le plus efficace, c’est l’aspect serré du tissage… Dans les séries de masques que l’on a fait, probablement que la rayure, dont le tissage est très serré est assez efficace (mais moins confortable…). Alors sur le coup, les recommandations de l’afnor en terme de tissu ne nous apportent pas grand chose. Je rejoins à ce sujet l’avis de Berangère, de Couture et Paillettes. Depuis, il y a des mises à jour, notamment sur le site de la DGA, mais ils se limitent à noter la performance du produit qu’ils testent, sans en faire un descriptif technique utilisable : «Toile 50% coton/50% polyester 180 g/m² tissu uni vert ». Ben oui, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est assez flou…

Sur la confection et le modèle… je suis dubitatif (une habitude ? peut-être…) L’afnor recommande 2 modèles : le « 3plis » ou le « bec de canard ». Exit notre modèle « coque ». J’ai eu beau relire le document dans tous les sens, et je ne trouve guère qu’un seul argument contre : la couture sagittale (nez/bouche/menton) : elle génère des trous qui transforme le masque en passoire… Alors je suis retourné voir le tuto du CHU de Grenoble… Et dans ce modèle, non ouvrable, ils piquent les 3 couches toutes ensemble. Mais pas nous ! Et puis dans "notre" masque, on peut mettre un « filtre » d’un seul tenant. Alors sur le coup, je ne vois pas trop de contre-indication. Et de là à envoyer un de nos modèles à l’afnor pour leur demander leur avis….

Quant au Garridou, ils me demandent samedi de leur envoyer un descriptif technique de mon atelier pour m'envoyer sous 48h leur cahier des charges. Tout en spécifiant qu'il faut que le masque soit vendu au "coût de revient en économie solidaire"... Ah ben oui, mais là, on commence à sortir du cadre dans lequel on est...

Alors peut-être faut-il voir les choses autrement.

Nos masques en tissu ne seront jamais homologués. JAMAIS. Pour qu’un produit obtienne une homologation quelconque, la première condition est qu’il soit standardisé. Cette semaine, j’ai vu passer entre mes mains 300 blouses et presque 300 masques, coupés (à peu près) de la même manière. A la sortie, pas 2 identiques. Je ne regarde pas d’ou reviennent les blouses, mais je crois que si je le faisais, je pourrai reconnaitre les couturières. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat. Et puis pour être homologué, il faut aussi mettre en place des contrôles à posteriori... Alors courir après l’homologation ? On ne l’aura jamais. Je suis pas fou, je ne me fixe jamais des objectifs que je ne peux pas atteindre, comme ça, je ne suis jamais déçu !

Par contre, l’OMS annoncerait q’un masque en tissu aurait l’efficacité d’un tiers d’un masque chirurgical. Un tiers, c’est loin d’être ridicule. Alors après, entre 33 et 34%… Par contre, le masque n’est efficace que s’il est porté. Un masque super efficace qu’on met sur son front ou sur son menton… tout de suite, c’est moins efficace…

Et pour l’instant, le seul retour qu’on ait eu c’est « concernant le confort, c’est excellent ». Alors on va profiter de la petite pause qui nous est imposée (message dans l’Atelier sous peu… demain, là, il est trop tard pour me relancer dans autre chose) pour aller à la pêche d’autres retours, avant de lancer une nouvelle série de masques….

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