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  • Guillaume Touroul

Quand, il y a un mois, je me suis lancé dans l'aventure, je ne pensais pas arriver jusque-là. Quand, il y a deux semaines, j'écrivais sur le blog mon article sur l'homologation, je n'imaginais pas que j'irai jusqu'à ... l'obtenir ! (Quoique ce n'est pas une homologation...)

Mais si ce fut soudain, ça n'a pas été un hasard non plus. Et depuis que j'ai creusé le sujet, je suis surpris de voir autant d'erreurs. Les erreurs des "amateurs" sont compréhensibles, j'ai plus de problèmes avec les erreurs de ceux qui se revendiquent professionnels. J'ai même tendance à considérer que certains sont volontairement trompeurs.

Alors je vous fais un petit récap de ce que j'ai appris :

IL N'Y A PAS D'HOMOLOGATION !

Les seules appellations reconnues sont masque UNS Cat. 1 et UNS Cat.2. Aussi nommés masques "Grand Public". Ces appellations ont été créés par note interministérielle du 29 mars 2020. Je laisse de côté les normes préexistantes NF EN 14683 et NF EN 149.

Pour qu'un masque entre dans l'une de ces catégories, il lui faut DEUX choses.

- Tout d'abord, une confection normée. C'est là qu'interviennent les spécifications Afnor s76-001. L'Afnor, avec l'IFTH (Institut Français du Textile et de l'Habillement) a émis des spécifications sur comment CONFECTIONNER le masque (plusieurs options). C'est à chaque producteur de s'y conformer, et il lui suffit de le revendiquer. C'est pour cette raison que vous trouvez des masques à vendre "Homologués Afnor".

- Mais il y a d'autres conditions pour que le masque soit caractérisé en "Catégorie 1 ou 2" : le complexe. Le complexe, c'est l'ensemble des couches superposées. Celles-ci sont testées par l'IFTH et la DGA selon plusieurs critères. Et si le complexe n'est pas testé, le masque n'est pas un masque Catégorie 1 ou Catégorie 2.

Afficher "Masque Afnor" laisse entendre au client que le masque est un masque "officiel" et reconnu. Le client, qui n'y connait rien, prend la mention "Afnor" comme une garantie, et là, c'est trompeur !

Oui mais, allez-vous me rétorquer, on ne trouve pas de masques UNS Cat 1 ou Cat 2 !!

Et c'est normal, mais ça ne va pas durer. Si vous en avez encore le courage, vous allez tout savoir (ou presque !)

Pour cela, il faut comprendre la démarche de caractérisation. C'est un peu compliqué, mais je vais essayer d'être clair.

Pour caractériser un complexe (ou un masque) :

1) le fabricant fabrique 10 échantillons de son complexe. Si son complexe est "une couche coton/un molleton/une couche coton", il va devoir assembler 10 carrés de son complexe. Et les envoyer à l'IFTH.

2) L'IFTH commence par tester la "respirabilité" (ou perméabilité à l'air). Je vous passe les détails. En gros, il faut que l'on puisse respirer à travers le masque. Parce qu’entre le masque étanche et la dentelle, il y a un grand écart. Si le masque n'est pas "respirable" >> End of Game ! Tout part à la benne, c'est fini.

Si le masque est respirable, le jeu continue.

3) Un échantillon part à la DGA (Direction Générale de l'Armement) qui teste la filtration. Là, en fonction du taux de filtration, le masque est caractérisé en Catégorie 1 ou 2…. Mais ce n'est pas fini !

4) l'IFTH lave 5 fois les échantillons qui lui restent, et les envoie à la DGA. Qui teste la filtration à nouveau !

5) Puis à nouveau au bout de 10 lavages.

6) La DGA envoie au fabricant un rapport indiquant la catégorie obtenue à neuf, au bout de 5 lavages, et au bout de 10 lavages.

Le confectionneur de masques peut alors annoncer :

- Masque confectionné selon les specs Afnor s076-001

- Masque UNS de Catégorie 1 (ou 2)

- Masque conçu pour être réutilisé et lavé XX fois.

Et là, et seulement là on a un masque UNS CAT1 ou CAT2 !

Le fabricant peut aussi choisir de faire tester son masque pour 20, 50 ou 100 lavages (mais au prix du lavage, il faut le vouloir !)

Mais en fait, c'est simple !

Ben oui, mais non :

Parce que les catégories 1 et 2, c'est nouveau ! Donc à leur sortie, il n'y avait AUCUN produit, AUCUN complexe "caractérisé".

Parce que ce qui est demandé, c'est un résultat de filtration. Donc on ne nous donne pas comme info le type de tissage, la contexture des fils, ni l'armure. Donc forcément, on y va à tâtons.

Parce que quasiment toutes les usines de tissages sont fermées, et que ça ne se relance pas en un claquement de doigts

Parce que l'IFTH, qui reçoit habituellement 10 échantillons par jour, en reçois 200

Parce qu’un cycle de lavage/séchage/repassage tel que recommandé par l'ANSM (Agence Nationale de la Santé et du Médicament) dure 3 heures.

Donc si on reprend une chronologie :

- Fin mars, face au manque de masques, création de nouvelles catégories

- En une semaine, et jusqu'à maintenant, de nombreux fabricants (tisseurs ou confectionneurs) fabriquent des protos.

- Il faut 2 ou 3 semaines pour avoir les résultats des tests.

- Et on arrive fin avril, aujourd'hui !

- Sauf que les tisseurs n'ont pas forcément pris le risque de tisser sans avoir un retour positif de la DGA. Les confectionneurs n'ont pas non plus pris le risque de fabriquer des masques avec un produit non caractérisé...

Mais alors, que faire aujourd'hui ?

Un masque "grand public", quel qu’il soit, ne vous protège pas. Il protège les autres. Dans ce cadre, un masque, quel qu’il soit, sera mieux que rien ! Mais plus il est caractérisé, plus il sera efficace. Alors fabriquez vous-même, achetez à d'autres du « non caractérisé », du « confection Afnor », du « UNS Cat.1 ou 2 », mais faites-le en connaissance de cause.



Cet article n'est qu'un article de blog, et n'est pas un article journalistique au sens noble du terme.

  • Guillaume Touroul

On voit depuis quelques jours des ateliers qui se montent et qui proposent des « kits à coudre ». C’est le cas à Meaux par exemple, que je regarde d’un peu plus près : nous avons un « client » commun (le Ghef), et j’y ai une connaissance. Je leur ai d’ailleurs proposé mon aide... Je suis assez content de voir des ateliers se monter… la satisfaction de voir que notre modèle se généralise, nous avons été hyper réactifs et assez précurseurs !

Mais ces ateliers sont souvent soutenus par des collectivités locales (lycées pro qui ont de l’outillage, mairies qui mettent à disposition des salles ou des gymnases…). Ce sont donc des structures plus grosses que la notre, et je n’ai ni la vocation, ni l’envie, ni le temps d’en arriver à ce niveau là.

J’ai aussi essayé de reprendre le travail, de relancer mon atelier. Tous mes chantiers sont à l’arrêt, mais je me retrouve avec 16 personnes au chômage technique. Et le chômage technique, ce n’est pas du tout, mais pas du tout intéressant. Ni pour le personnel, ni pour le pays. Alors il faut bien trouver quelque chose à faire.

Depuis que nous avons commencé avec vous notre aventure Confectionné Avec Amour, j’ai eu plusieurs fois des demandes auxquelles je ne pouvais pas répondre.

  • Des entreprises qui veulent reprendre le travail et qui doivent fournir des masques à leur personnel.

  • Des particuliers qui recherchent des masques

  • Des commerçants, au contact avec le public

Le regroupement s’est fait autour du Covid Center. Puis s’est élargi aux structures de soins de manière plus larges : Ehpad, auxiliaires de vie, hopitaux… C’est toujours ce qui a gouverné nos choix d’attributions. Pour les commercants, j’ai renvoyé vers nos amis de Masques Solidaires 77400, qui eux, se sont regroupés en faveur de ceux qui permettent à la vie civile de continuer. Pour les autres, pas vraiment de solutions…

Et forcément, comme vous l’imaginez bien, le lien s’est fait. Avoir un atelier de confection inactif, et des demandes insatisfaites… je me suis penché sur le sujet. Et c’est complexe. Plate-formes inter-entreprises, approvisionnement « volatils », homologation simplifiée, mais hors délai… Je vais essayer de surmonter tous les obstacles pour participer de manière professionnelle à l’effort demandé pour produire des masques. En activité commerciale : pas pour faire fortune, mais si je peux permettre à mon personnel de reprendre le travail et payer une partie des charges fixes… Mais je tenais à le dire, et à l’écrire : à aucun moment, mon implication dans « Confectionne Avec Amour » n’a été guidé par la moindre motivation mercantile.

Alors que devient « Confectionné Avec Amour »? Dans la mesure du possible, nous allons continuer ! Je vais garder mes deux casquettes, en essayant de ne pas perdre la tête. Sur la plate-forme inter-entreprise, il y a un tableau de demandes de sur-blouses. Le nombre de sur-blouses en demande est de 847.000 (et j’ai bien l’impression que pour l’instant, il n’y a pas beaucoup d’inscrits…). Alors je vais continuer à couper quand ma table est disponible, nous allons continuer à vous préparer des petits paquets et à vous les livrer. Nous allons continuer à vous proposer, à chacun et chacune, de vous impliquer, à votre cadence et selon vos disponibilités, pour soutenir les soignants. Faites un peu, faites beaucoup, faites une fois sur deux… peu importe. Utilisez votre machine, confectionnez avec amour, que nous puissions le transmettre à ceux qui prennent des risques pour prendre soin de nous.

Nous n’avons pas fini…

© 2020 par Confectionné avec amour. Créé avec Wix.com

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